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Le Congrès national africain (ANC) se trouve au bout de la crise la plus sérieuse dans son histoire après l’arrivée au pouvoir en Afrique du Sud den 1994.

Aux élections en mai 2019 l’ANC n’a obtenu que 57,5% des voix, établissant ainsi
l’anti-record historique. Pendant 25 ans à partir de la chute du régime d’apartheid, le niveau du soutien du parti n’a jamais été si bas.

Visage neuf et péchés anciens

Ce résultat montre que l’ANC ne s’est pas remis de la blessure portée à son image par la démission de l’ancien président Jacob Zuma accusé de corruption. La nomination de Cyril Ramafosa au poste du président de l’ANC n’a pas pu réparer dûment l’image du parti. Pour être honnête, il faut noter que les espérances initialement liées à cette nomination ne reposaient pas sur des bases solides. Pour l’audience étrangère, Ramafosa est un lutteur contre l’apartheid, ancien leader syndical, entrepreneur réussi, un des développeurs de la Constitution de la République sud-africaine et « architecte de l’Afrique du Sud contemporaine » (d’après l’expression de Nelson Mandela).

Pourtant, l’image du président à l’intérieur du pays a plusieurs traits négatifs.

Ramafosa a débuté sa carrière politique en tant que lutteur pour les droits des mineurs. Cependant, il est actuellement lui-même lié à l’industrie minière. Par le biais de sa société holding d’investissions, il contrôle les parts dans les compagnies Assor et Glencore. La femme de Ramafosa est la sœur du milliardaire Patrice Motsepe, fondateur d’African Rainbow Minerals (dont les revenues pour 2017 remontaient à 9,6 milliards de dollars) et membre du conseil d’administrateurs d’Harmony Gold (17,4 milliards de dollars).

C’est justement Ramafosa que l’opinion publique tien responsable de la fusillade des mineurs manifestant dans une mine de platine à Marikana en 2012.  Ramafosa faisait partie de la direction de l’entreprise possédant la mine. Il est connu par des faits qu’il avait essayé d’augmenter le nombre des forces de l’ordre dans la zone de la manifestation grâce à ses liaisons politiques. Aussi, Ramafosa insistait que les évènements soient perçus comme un acte criminel plutôt qu’un conflit de travail.

La fortune personnelle de Ramafosa s’élève à environ 450 millions de dollars. Ce qui a aussi un impact sur la perception de la figure du nouveau leader de l’ANC par la population. L’Afrique du Sud est un des leaders mondiaux en termes de l’inégalité économique entre ses citoyens. 10% des ménages les plus riches possèdent plus de 50% de l’ensemble des revenues. En même temps, 10% des ménages les plus défavorisés ne disposent que d’1,2% du revenu national. L’Afrique du Sud occupe la 2ème place mondiale d’après le coefficient de Jenni reflétant l’inégalité dans la répartition des revenus. Il est tout à fait possible qu’une partie considérable de la population ressente de la « haine de classe » à l’égard de l’ancien syndicaliste Ramafosa devenu homme d’affaire réussi.

La situation est aggravée par l’implication du nouveau président à l’activité de la commission nationale Black Economic Empowerment qu’il a dirigée en 1999. La commission avait pout le but d’éliminer l’inégalité entre les groupes raciaux en accordant de diverses privilégies économiques à la population noire. D’un côté, le programme a contribué à la discrimination des Afrikaners et à « la fuite des cerveaux à l’étranger ». De l’autre côté, plusieurs leaders noirs de l’opinion publique accusent les autorités d’avoir majoritairement utilisé le programme pour soutenir un cercle limité de personnes affiliées à la direction de la commission et autres fonctionnaires importants. Pour établir une analogie, plusieurs Sud-Africains ont perçu le programme de la même façon dont les Russes avaient réagi aux prêts pour des parts des années 1990.

Finalement, il ne faut pas oublier les accusations que l’ancien président sud-africain Tabo Mbeki a porté contre Ramafosa en 2001. Le président actuel de l’ANC et ses partisans étaient alors accusés de tentative de conspiration ayant pour but le renversement et l’assassinat du président. C’est presque exclusivement le soutien de Nelson Mandela qui a sauvé Ramafosa.

Une maison divisée en elle-même

La position du parti est exacerbée par des conflits intérieurs graves.  Notamment, une des raisons pour la confrontation au sein de l’ANC fut la question de la possibilité du changement des taux d’intérêt par la Banque centrale sud-africaine.

Une partie des représentants de l’ANC appelle à obliger la banque, qui n’est pas soumise au contrôle direct du gouvernement, de réduire les taux d’intérêt afin de stimuler l’économie.  On pense y arriver par la voie législative, en ajoutant à la liste des fonctions de la banque celle d’assurer la croissance économique et la baisse du taux de chômage. Les partisans de l’élargissement des fonctions de la banque insistent également sur la nécessite de mener des réformes gouvernementales d’assouplissement quantitatif. Ace Magashule, secrétaire général de l’ANC, est un des partisans de ce point de vue.

Pourtant, d’autres membres de l’ANC loyaux à Cyril Ramafosa s’y sont opposés. Leur argument principal contre la baisse des taux d’intérêt et la transition à la politique d’assouplissement quantitatif est la crainte de la hausse de l’inflation. Le 6 juin le président lui-même a exprimé sa position concernant la Banque centrale. Il a déclaré que les fonctions de la banque resteraient sans changements et a souligné que la politique d’assouplissement quantitatif ne répondait pas aux conditions du continent noir. Enoch Godongvana, chef du sous-comité du parti pour les transformations économiques, s’est prononcé lui aussi contre les initiatives de l’aile « gauche » de l’ANC.

Les monopoles publics au bout du défaut

Le risque de la faillite des compagnies infrastructures publiques rend la position de l’ANC considérablement plus compliquée. C’est surtout le cas pour le transporteur aérien South African Airways et le monopole énergétique Eskom. Pour Eskom, la question de l’état des choses de l’entreprise est particulièrement de vigueur. Le montant total de la dette d’Eskom a atteint 30 milliards de dollars, ce qui a causé des coupures massives de l’électricité dans les quartiers résidentiels, sur les mines et entreprises industrielles. Plusieurs analystes voient un lien entre la dette d’Eskom et la baisse du PIB de l’Afrique du Sud de 3,2% au premier trimestre de 2019. Au début, les autorités ont prévu allouer 5 milliards de dollars dans les 3 prochaines années pour sauver la compagnie, mais aujourd’hui déjà on discute de la possibilité de doubler la première tranche pour Eskom. L’utilisation du budget publique pour le soutien des entreprises d’état que plusieurs gens croient s’être retrouvées dans situation actuelle à cause de la corruption et du manque du professionnalisme de leur direction, alimente la frustration parmi la population.

Les initiatives anti-corruption remises en question 

Une autre cause de la frustration est l’activité de la commission anti-corruption au sein de l’ANC. Celle-ci a annoncé l’absence des faits prouvant les accusations contre David Mabuza, président adjoint centrafricain et président adjoint de l’ANC. Les médias et les activités civiles tiennent Mabuza responsable non seulement de la corruption à grande échelle, mais aussi de l’organisation de 20 assassinats politiques. Que le politicien soit coupable ou pas, il faut comprendre que la communauté a déjà formé un point de vue sur la question. Par conséquent, la c décision de la commission a suscité une vague de déception parmi de nombreux électeurs qui ont cru à la promesse de Ramafosa de libérer le parti des corrompus.

Des promesses non tenues

Des questions se posent également concernant le respect par l’ANC de ses promesses de la campagne électorale. Le parti au pouvoir a promis de garantir, au cas de son victoire, la mise en place du système de l’assurance médicale commune, fixer le montant du salaire minimum, mettre fin à la privatisation de la propriété publique et confisquer les terres des fermiers blancs sans indemnisation.

Dans les conditions de la conjoncture économique d’aujourd’hui, la mise en œuvre de ces promesses se présente extrêmement difficile. Le refus de les respecter dans le contexte de la frustration élevée par le gouvernement conduira inévitablement à la hausse de la déception par l’ANC et la baisse du niveau de son appui.

Les perspectives d’une « révolution colorée »

A la lumière des derniers évènements le risqué d’intervention étrangère dans les affaires intérieures de l’Afrique du Sud s’accroit, y compris dans la forme ouverte et brutale.

Les conditions de l’organisation d’une « révolution colorée » en Afrique du Sud sont extrêmement favorables. Comme indiqué plus haut, le pays est un des leaders mondiaux de la disparité des revenues entre les ménages. Il y est impossible de trouver un seul médecin pour mille habitants. En même temps, 18,8% des Sud-Africains sont atteint du SIDA ou du VIH, ce qui est largement la faute des leaders du parti au pouvoir. Ainsi, Tabo Mbeki, chef de l’état en
1999-2008, reniait la nature virale du SIDA. Pendant son mandat, les autorités sud-africaines ont activement empêché la diffusion des médicaments antirétroviraux dans le cadre du programme de lutte contre « la médecine occidentale », ce qui a engendré une hausse importante du niveau de la mortalité.

Le taux officiel de chômage remonte à 27% de la population active. Parmi les jeunes, ce chiffre s’élève à 53,4%. En même temps, l’Afrique du Sud dispose de l’infrastructure la plus développée des communications Internet dans la région. Selon les données du juillet 2016, 54% de la population avaient l’accès à la Toile.

En même temps, on observe une division au sein de l’élite gouvernementale. La division est devenue apparente pendant la crise qui a mené à la démission de l’ancien président Jacob Zuma.

Et les derniers évènements confirment que les contradictions entre les branches du parti sont aiguës.

Les conflits intérieurs du parti jouent le rôle de dissuasion, mais dans le cas de l’apparition de perspectives sérieuses de la perte du pouvoir par l’ANC toutes les confrontations pourraient être facilement suspendues pour atteindre l’objectif commun.

Tout cela fait de l’Afrique du Sud un objet plutôt vulnérable pour une attaque. Pourtant, aujourd’hui, l’intérêt des ONG occidentales envers l’Afrique du Sud est négligeable. Ce sont les pays du Maghreb, le Zimbabwe, le Kenya, le Niger, l’Ethiopie, le Nigéria, le Soudan, la Côte d’Ivoire et le Tchad qui sont au cœur de leurs efforts. Toutefois, dans le cas où les états de l’Ouest développent l’intérêt pour le changement du pouvoir en Afrique du Sud, organiser une « révolution colorée » ne nécessitera pas beaucoup de ressources.

 

 

 

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